Le Comptoir du Renardargent

Le breuvage Ultime, la légende

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Le Breuvage Ultime, la légende

« L’a truculé l’quatrième bouzak, l’pas humaine. »

Bree n’est qu’un bourg parmi tant d’autres. Certains diront un bourg de paysans et ils n’auront sans doute pas tord. Ici comme ailleurs les légendes sont nombreuses, et les gens ne manquent pas de matière. Des contes pour enfants à raconter avant d’aller se coucher, des histoires à faire peur autour des feux de camp, des récits héroïques pour les vétérans du guet, des anecdotes familiales transmises de vieille femme en belle-fille, des exploits douteux narrés par les jeunes gens, des souvenirs mémorables de banquet hobbit, parfois quelques allusions à des Elfes entr’aperçus au creux des bois…

Parmi tout cela il est une légende qui se murmure dans les estaminets, à l’heure où seuls les plus ivrognes se tiennent encore assemblés et distillent autant de paroles insensées qu’ils boivent de fonds de bouteilles. La légende du dernier breuvage.
S’ils l’entendaient, les plus jeunes diraient que ce n’est qu’un mythe et qu’aucun breuvage ne peut avoir raison d’eux… Mais à l’heure où cette légende est parfois racontée les plus jeunes ont déjà roulé sous la table ou se sont fait ramener à la maison par le bout des oreilles.
C’est une légende qui se partage entre connaisseurs, avec un regard de connivence et des moments de silence. Une légende qui se mérite par des années de beuveries.

Il est dit que ce breuvage prend la forme de quatre boissons qu’il faut boire dans l’ordre. La légende varie d’une contrée à l’autre, toutes les versions ayant en commun que la méthode de distillation de ces quatre boissons est un secret bien gardé.
Au Pays de Bree la légende raconte que la première boisson est assez semblable à n’importe quelle bière commune aux arômes fruités. Un goût de pêche ou de cerise, c’est selon, qui trompe la vigilance du buveur. Comme une chanson douce qui tout à la fois ouvre et calme les sens.
La deuxième boisson dégage un arôme aussi fort que la senteur des tripes d’un cheval mort. Comme un coup de massue qui ramène à la réalité et plonge les sens dans la fange putride.
La troisième boisson est distillée par Poirredebeurré en personne, qui rajoute à une de ses compositions un ingrédient mystère que seuls possèdent les brigands des ruines du Bois de Chet.
La quatrième boisson est un chant du cygne, un voyage vers le ciel étoilé et une invitation à abandonner tous ses sens.

Si beaucoup ont goûté la première boisson sans parfois même le savoir, jamais femme n’est allée au-delà de la deuxième. Tout autant une question de résistance et de corpulence que de capacité à supporter l’écoeurante saveur de cet horrible alcool. Jamais homme n’est allé au-delà de la troisième boisson. Quant à la quatrième, la légende raconte que seule la Mort elle-même la supporte et qu’elle en fait parfois don à ceux dont la vie est parvenue à son terme.
Oh bien sûr il est bien certains vantards parmi les initiés pour clamer qu’ils ont bu une gorgée de la dernière outre. Et c’est peut-être vrai… Mais ceux qui l’ont fait et qui sont encore là pour s’en vanter ont pris la précaution d’aller récupérer une certaine fiole chez le guérisseur Puyduchar et de la boire tout de suite après leur fatale gorgée.

Luperce quant à lui était bien loin de toutes ces considérations. Il luttait pour l’heure avec l’image d’un cheval famélique qui le regardait par au-dessus et semblait se rire de lui avec ses grandes dents jaunies. Une vague odeur de boue mêlée d’urine et de détritus empuantissait l’air. Le jeune homme essayait de se relever mais ses jambes ne répondaient pas et ses bras brassaient désespérément l’espace devant lui pour trouver un objet auquel s’agripper.

Au vu de la douleur qu’il éprouvait, il se serait presque convaincu d’avoir été dépecé pendant son inconscience pour finir en peau d’un tambour présentement martelé par un troll cadençant la charge. ILuperce abandonna cette idée quand un haut-le-coeur vint lui signifier qu’il était encore assez entier pour sentir sa bile s’agiter au fond de son estomac et passer par tous les organes nécessaires avant de finir sur son gilet.

Et ce maudit cheval qui riait toujours… Un autre rire vint s’ajouter, strident, démoniaque, moqueur, interminable. Le jeune homme eut la vision fugace de Clothild tournoyant sur elle-même, les bras étendus, riant à la folie, lévitant au-dessus d’une bourbe informe. Ses cheveux étaient telles des flammes dressées et animées d’une volonté propre. Et quand la Caravanière cessa de tournoyer pour poser un regard à la fois vide et haineux, son visage se transforma, prenant l’apparence de ce maudit cheval qui riait toujours.

Luperce hurla, frappant la tête de cheval. Mais ses poings ne rencontrèrent que le bois d’une chaise. La douleur le ramena à la réalité. Il se souvenait de la discussion dans les bas-fonds. Ou plutôt d’une seule phrase. Une réponse donnée par Clothild à une de ses questions, la seule qui importait dans le flot d’interrogations dont il l’avait abreuvée. Du reste son cerveau imbibé n’avait rien retenu, si ce n’est que Clothild avait bu la quatrième outre qu’il lui avait tendue.

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